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Alexis Arragon, cofounder et CTO chez EVER

· Interviews,French
Hello Alexis ! Est-ce que tu peux te présenter ?

Hello ! J’ai fait l’Epita il y a une bonne dizaine d’années, et je suis passionné de photo.

Qu’est-ce que tu as fait depuis que tu es sorti de l’Epita ?

J’ai fait plein de choses ! J’ai fait l’Epita parce que je rêvais de travailler dans l’univers des jeux vidéo, en tant que développeur d’abord puis en tant que chef de Produit. J’ai aussi travaillé dans des grands groupes, et dans quelques start-up. Et il y a deux ans j’ai monté ma société, EVER, avec trois associés, dans le domaine de la photo.

Est-ce que tu peux nous dire ce que fait EVER ?

EVER c’est le portrait naturel et contemporain : on propose une expérience d’une heure à nos clients. Une expérience un peu différente où on met de côté son téléphone portable et les selfies. On passe une heure avec un photographe en extérieur, qui est là pour nous guider, nous mettre en valeur et prendre des belles photos, dont on sera fier.

Qu’est-ce que tu fais chez EVER ?

Je suis directeur technique. Ça veut dire que je m’occupe de toute la partie infrastructure de la start-up. Tout ce qu’on a imaginé dans le produit, le workflow, le process client, s’est traduit derrière avec des outils, des programmes et des automatismes qui vont être capables de gérer un volume de plus en plus croissant de clients.

Pourquoi tu as fait le choix de ne rien coder ?

Au démarrage, il y a deux ans, on avait déjà des clients qui cherchaient un photographe et pour qui il fallait répondre à la demande. On n’a pas eu l’opportunité de passer plusieurs mois à coder un produit de A à Z. On était plutôt face à une contrainte de temps pour savoir : comment on fait pour mettre dans les mains de nos premiers clients un produit qui tourne et qui soit satisfaisant ? On s’est orienté vers des solutions existantes qu’on a imbriquées les unes avec les autres avec des outils comme Zapier. Ca nous a permis d’avoir un produit finalisé, soit complètement fonctionnel, en quelques semaines. Nous n’avons pas perdu de temps avec le code.

Et on a su garder cette philosophie au fil du temps. Plutôt que de remplacer les produits, les outils SaaS qui existent par du code que l’on aurait développé nous-même, on a continué à optimiser notre workflow, à optimiser un maximum de choses pour se concentrer sur les nouvelles fonctionnalités ou les améliorations que l’on pouvait apporter à notre produit existant, plutôt que de repartir de 0 et de faire un truc qui nous appartienne.

Ce que vous faites aurait-il été possible il y a 5 ans ?

En partie, mais pas totalement. C’est ça qui change la donne. EVER est l’une des rares start-up qui aujourd’hui cherche à coder le moins possible. Je pense que c’est quelque chose d’assez nouveau. Avant il n’y avait pas autant d’outils SaaS sur le marché et avant l’un des gros challenges techniques, c’était être propriétaire de ses propres serveurs.

Et puis tout d’un coup, toutes les solutions cloud sont arrivées, tout d’un coup plein d’outils SaaS se sont développés et tout d’un coup plein d’opportunités se sont créées, pour finalement développer des produits à bas coût avec des challenges techniques qui sont complètement différents.

On l’a bien vu, il y a deux ans, nous n’aurions pas été pas capables de faire ce que l’on fait aujourd’hui. Petit à petit, il y a des fonctionnalités qui sont apparues. Zapier a développé de nouvelles intégrations, il y a eu d’autres outils qui sont apparus également. Et au-delà de vérifier que tout se déroule bien dans l’infrastructure, c’est justement mon rôle de chercher les évolutions et de tester ce qui va nous permettre d’améliorer en permanence le produit, d’aller toujours plus loin.

Et en terme de coût, qu’est-ce que ça donne ? Finalement 30€ + 30€, est-ce que ça ne coûte pas plus cher qu’une équipe de développeur ?

On ne réfléchit pas forcément en terme de coût. Effectivement à la fin on pourrait faire le bilan et se dire ; est-ce que ce que je dépense chez tous mes prestataires équivaut à ce que je pourrais avoir en temps humain de développeur en face avec la même somme d’argent ?

On réfléchit plutôt à : qu’est-ce qui est critique pour nous ? Je reprends l’exemple des serveurs. Il y a un 5 ans, peut-être un peu plus, c’était critique d’être propriétaire de ses propres serveurs. Puisqu’on vend des photos, ce qui va être critique, c’est que la plateforme qui permet de vendre les photos à nos clients soit la plus performante possible et qu’elle soit personnalisée à nos besoins. On va peut être chercher à internaliser ce savoir-faire et cet outil-là et pour ça on va peut-être investir dans un développeur qui va passer du temps à customiser les choses, plutôt que les dépenser dans un outil.

On va raisonner de cette manière plutôt que : qu’est-ce qui va coûter le moins cher ?

Aujourd’hui avec la croissance d’EVER, est-ce que tu ne te rapproches pas du moment où tu vas commencer à développer tes propres outils ?

C’est une question intéressante, parce que c’est exactement ce qu’on est en train de vivre. Aujourd’hui, on sert 2000 clients par mois. Au début de l’année on était plutôt à 400 donc on est sur une grosse pente ascendante. Et ça pose plein de questions qui n’existaient pas il y a 6 mois ou au début de l’année (2017). La réflexion ça va être : qu’est-ce qu’on a besoin de changer dans notre infrastructure pour suivre cette évolution ?

Souvent, c’est soit en changeant d’outil, soit en allant développer des petits bouts de code qui vont nous permettent d’être plus efficace ; on arrive à débloquer des points durs et de faire de nouvelles avancées.

Par exemple, avec notre plateforme photo, on va chercher à rendre l’expérience client plus fluide. Aujourd’hui nous connaissons mieux nos clients et avec le volume on se rend compte que finalement les patterns d’achat sont récurrentes de mois en mois ; on va pouvoir développer des fonctionnalités de plus en plus précises pour ce domaine là.

Penses-tu qu’il aurait été possible de faire tout ce que tu as mis en place, sans un background d’ingénieur ?

Probablement. Je pense que l’atout principal lorsqu’on crée quelque chose avec des briques existantes c’est la curiosité, la capacité de tester des choses, dans un certain sens la créativité. Nous prenons des briques qui sont à disposition de tout le monde et on va les assembler d’une certaine manière. Donc oui, ça aide d’avoir un background d’ingénieur, parce que derrière on comprend comment les choses fonctionnent, mais ce n’est pas réservé qu’à une population d’ingénieur. Ce qui est intéressant, ce sont justement les personnes qui ont certain recul par rapport au côté très technique des choses et qui vont avoir une approche complètement différente. Elles vont peut-être inventer des solutions ou des process qui sont très différents de ce que moi je pourrais créer, mais qui sont tout autant valides.

Qu’est-ce que tu pourrais donner comme conseil à tous les entrepreneurs en herbe qui se lancent sans background technique et qui cherchent leur CTO ?

C’est effectivement une question que l’on retrouve souvent dans les groupes Facebook ou dans les meetup d’entrepreneurs. On entend souvent “je ne suis pas technique, j’ai une idée et je veux me lancer. Il me faut un CTO”. Je pense que c’est une erreur : un CTO c’est un développeur qui a des années de pratique et qui va pouvoir très rapidement développer quelque chose à partir de 0. Lorsqu’on est conscient du problème à résoudre on a déjà la moitié de la solution. Alors oui il faudra quelqu’un de plus technique pour faire certaines choses. Mais finalement avec le MVP de la méthode Lean on devrait être capable de le faire soi-même. Et bien souvent dans les débuts d’une startup, c’est là où on rencontre les plus grands problèmes. Mais c’est aussi là où on avance le plus vite. C’est à dire plutôt que de chercher à rendre quelque chose de tangible par un produit technique, on va plutôt réfléchir à “est-ce que mon business model est viable ?” “est-ce que je répond bien à la problématique de mes utilisateurs ?” “est-ce que c’est une problématique qui vaut la peine d’être résolue ?”.

Tout ça ce sont des choses qui ne nécessitent pas un CTO, mais qui font avancer très vite et qui font vraiment mûrir le projet de l’entrepreneur. C’est quelque chose que chacun peut faire et avec des outils qui ne sont pas réservés à des développeurs.

Et justement, quels sont tes points de vues sur l’avenir des développeurs? Est-ce que selon toi, il va y en avoir de plus en plus comme beaucoup le pense ou au contraire est-ce qu’il va y en avoir de moins en moins ?

Je pense que les choses vont surtout beaucoup changer. Être développeur comme être entrepreneur, c’est un métier qui est voué à évoluer. Pas forcément à disparaître mais à évoluer. Il y a tout le temps de nouveaux langages qui apparaissent, il y a tout le temps de nouvelles librairies qui se créées. Donc soit tu choisis d’être spécialiste dans une domaine et finalement tu restreins ton champs d’action, soit ce qui t’intéresse c’est de solutionner des problèmes, quelque soit l’outil utilisé et dans ce cas tu élargies ton champ d’action et tu rétrécis finalement ta profondeur technique. C’est difficile d’établir une règle générale. Mais imaginer un monde futur où tout le monde sera développeur, ce n’est pas suffisamment concret. Le futur c’est un monde où il y aura besoin de développeur dans certains cas, car quand tu veux optimiser un algorithme, sans être développeur c’est compliqué. Mais il y a surtout une partie de la technique qui va être rendu un peu plus pragmatique, un peu plus abordable par tous. Ce qui fait que l’on aura plus besoin de certaines compétences. C’est un peu comme lorsqu’on est passé de l’ère industrielle à l’ère de l’information. Tout ne disparaît pas, mais les métiers changent et chacun est voué à évoluer d’une certaine manière.

Si tu devais conseiller une formation pour des entrepreneurs en herbe (outils, méthodologies, etc.), quel sujet tu conseillerais ?

C’est une bonne question. Je pense d’un point de vue générale, toute la méthode Lean est très intéressante. Elle est déjà extrêmement connue, mais elle peut devenir en quelque sorte une façon de voir les choses, à plein de degrés différents dans la vie d’une entreprise, aussi bien la partie produit que la partie développement organique d’une société.

D’un point de vue plus technique, on parlait d’évolution du métier de développeur : j’ai passé beaucoup de temps à essayer de recruter un bras droit, qui m’aide au quotidien sur le métier de CTO. J’ai eu du mal à recruter cette personne parce que quand je parlais à des développeurs, ils n’avaient pas cette culture de ce que je peux faire avec du code je peux aussi le faire avec un outil qui existent déjà. C’est assez frustrant de se dire que ça fonctionne aussi et que l’intérêt c’est de prendre le meilleur de ses deux mondes, plutôt que de se cantonner à l’un ou à l’autre. Et je ne suis pas certain qu’il existe une formation dans les écoles qui apprenne ou inculque ce genre de pratique un peu nouvelle. Par contre, il y a des outils, toute la logique serverless mise en place par Amazon. C’est un sujet qui bénéficie d’un petit effet de mode, il y a des articles sur Medium de société qui se montent sans background technique. C’est la curiosité de chacun qui va faire évoluer le sujet : que le savoir se transmette et que les gens s’intéressent à cette manière un peu différente de faire les choses.

Est-ce qu’il y a un pape ou quelqu’un de très influent sur le sujet du serverless ?

Si il ou elle existe, je ne le connais pas. Ce qui est intéressant, c’est pourquoi est-ce qu’on veut suivre cette voie. Si on réfléchit à notre historique, un simple choix différent dès le départ aurait orienté EVER dans une direction complètement différente. Donc aujourd’hui on a un peu pris notre bâton de pèlerin, on milite pour ce côté serverless, ce côté la fin du code et limiter le développement en propre et peut être que d’une certaine manière on va contribuer à faire connaître ce mouvement. Mais c’est une question de choix personnel aussi, il faut se poser les bonnes questions et en fonction de la maturité d’une société, des choix s’imposent.

La question BONUS : enfin, y a-t-il un livre qui t’a marqué ou que tu as envie de partager avec nous ?

Il y en a pas mal, je suis un grand lecteur, surtout sur les livres qui reviennent sur l’histoire, l’évolution de l’ère de l’information. Le livre qui m’a le plus marqué ces dernières années, c’est une trilogie écrite par un sociologue américain qui s’appelle Alvin Toffler. Ce monsieur a écrit trois livres, chacun espacé de 10 ans. Le premier tome est dans les années 70, le deuxième dans les années 80 et le dernier dans les années 90.

Le premier tome s’appelle “Future Shock” comme l’album de Herbie Hancock. Ce qui est hallucinant c’est que dans les années 70, l’ordinateur c’est encore un gros truc qui sert surtout dans les labos de recherche. Mais il a réussi à prévoir, dans des termes très génériques, car bien évidemment il ne pouvait pas s’imaginer tout ce qui allait se passer, tous les impacts sociétaux de l’ère de l’information. Les deux tomes suivants suivent cette logique et je trouve que c’est un bon moyen de mettre les choses en perspective et de se dire que oui, ce qu’on vit est formidable aujourd’hui, mais il y a 50 ans on était loin d’imaginer ces changements. C’est intéressant de replonger ça dans une question d’ordre sociétal et de se demander qu’est-ce qu’on veut faire, qu’est-ce qu’on veut que notre monde devienne ?

Jaron Lanier a aussi écrit plusieurs livres qui touchent à ces sujets. Lui est plutôt du côté informatique, c’est un chercheur. Il se pose la question suivante : notre société doit-elle être uniquement régie par internet, par Facebook, notre vie numérique doit-elle diriger notre vie “physique” ou est-ce qu’il n’existe pas une autre voie ?Il ne faut pas perdre ça de vue, surtout lorsqu’on est entrepreneur. On passe tellement de temps à réfléchir sur son propre business : au-delà il y a toute une dimension qu’on perd parfois de vue, il faut savoir lever le nez de temps en temps et se poser d’autres questions

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