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Compétences tech : destruction créative et formation continue

· Opinions

Avril 2010, dans un billet publié sur le blog d’Apple, Steve Jobs lançait une offensive fracassante contre Flash, la plateforme de développement de contenus multimédia pour Internet, maintenue par Adobe. A l’époque, il y avait plus de 2 millions de développeurs Flash et ceux-ci faisaient partie des profils les plus recherchés de l’époque. Dix ans plus tard, moins de 3% des sites Internet mondiaux utilisent encore cette technologie et Adobe a annoncé que Flash ne sera plus maintenu après 2020.

Que sont devenus les développeurs Flash ? C’est la question que vous devez probablement vous poser, et que s’est également posé deux chercheurs américains, John J. Horton, du MIT Sloan School of Management, et Prasanna Tambe, de la Wharton School. Dans un papier de recherche publié début septembre 2019, les deux chercheurs démontrent de manière surprenante que, bien que la demande de compétences Flash ait diminué après l’annonce de Jobs, les spécialistes Flash n’ont subi que très peu d’impact en termes de salaire ou de concurrence pour les offres d’emploi, même lorsque la demande a été réduite. Alors que la demande en compétences Flash commençait à diminuer, les développeurs “visionnaires” candidataient déjà à des postes nécessitant des compétences différentes, profitant de leur temps libre pour s’y former.

L’exemple du développement Flash n’est pas anodin dans l’écosystème des développeurs. Ceux-ci passent en effet pas mal de leur temps personnel à s’auto-former sur de nouveaux langages ou de nouvelles technologies, notamment car leurs employeurs ne sont pas forcément enclins à les former une fois engagés. C’est ce que j’ai récemment découvert en échangeant avec une dizaine de dirigeants d’entreprises technologiques.

De manière générale, les employeurs sont très attentifs à la capacité de leurs nouvelles recrues à maîtriser les technologies sur lesquelles ils seront amenés à travailler, mais, une fois engagés, ne leur proposent pas forcément de les former à de nouvelles compétences, notamment car leur socle technologique ne change pas régulièrement.

Mais vu la pression sur les talents tech actuelle, les employeurs ne devraient-ils justement pas proposer des bénéfices extra-salariaux pour fidéliser leurs collaborateurs et en attirer de nouveaux ? Pas vraiment. Selon l’enquête 2018 sur les développeurs de Stack Overflow, une minorité de développeurs (< 4%) valorisent la formation dans les packages proposés par leurs employeurs.

L’exception : les agences et ESN qui, pour continuellement gagner de nouveaux projets, se doivent de former leurs experts à de nouvelles technologies (même si cette tendance se confirme de moins en moins, les clients étant de plus en plus sensibles au résultat final et à la méthodologie employée qu’aux technologies utilisées).

C’est donc une situation extrêmement intéressante que celle dans laquelle se trouvent les développeurs. D’un côté, l’accélération des changements technologiques les force à continuellement se renouveler pour éviter “l’effet Flash”. De l’autre, ils ne peuvent, et ne veulent, pas forcément compter sur leurs employeurs pour les former à des nouvelles compétences technologiques afin d’assurer la pérennité de leur carrière.

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