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Game of (tech) Talents

    Winter is coming

    · French,Opinions

    Hourra ! Avec 3,8 milliards d'euros levé au cours des trois premiers trimestres de l'année 2019, les start-up françaises ont déjà levé plus de fonds à date qu'au cours de l'année 2018 toute entière. Les levées de fonds massives des VCs français, l’attraction de VCs étrangers, les actions du gouvernement et, bien sûr, le talent des entrepreneurs français, commencent enfin à faire changer de dimension les start-up de la French Tech. Et que vont faire ces start-up avec tout cet afflux d’argent frais ? Recruter massivement et, principalement, des développeurs. Ca tombe bien, il y en a plein sur le marché en attente (pas du tout) 😅

    Cela fait déjà quelques années que je remarque le phénomène à l’EPITA, l’école d’informatique où j’enseigne. Pour une promotion de 200 étudiants (l’effectif va passer à 600 en 2022), l’école reçoit près de 4 000 offres de stages et d’emplois ! Vous pensiez que les développeurs étaient les enfants gâtés du marché de l’emploi ? Cela ne fait que commencer.

    Pour 2019, si l’on se réfère aux chiffres de l’APEC, le volume de recrutements de professionnels de l’informatique pourrait se finaliser entre 58 790 et 63 260 recrutements, soit une progression comprise entre 5 % et 13 % par rapport à 2018 (7,1% selon le Syntec Numérique). Sauf que ces chiffres sont très probablement sous estimés car il ne concernent que les recrutements effectifs, pas les besoins réels des entreprises (hello les postes ouverts depuis plus de 6 mois 👋).

    Vous avez du mal à recruter des développeurs ? Si cela peut vous rassurer, ce n’est pas de votre faute, 30% des profils que vous cherchez à recruter n’existent pas

    A l’écriture de cet article, il y avait 47 168 offres sur LinkedIn avec le mot clé "développeur". Si on rajoute les DevOps, les architectes, les responsables sécurité… et leurs managers respectifs, on est probablement au double ! Et je ne compte même pas toutes les entreprises qui ne recrutent pas sur LinkedIn ! Si je devais avancer un chiffre de manière empirique, je tablerais plus sur un besoin de recrutement autour de 100 000 profils tech en 2020.

    De l’autre côté, avec 30 000 nouveaux diplômés par an qui sortent des écoles d’informatique (source non vérifiable), environ 200 000 professionnels en poste (LesJeudis comptent 270 000 et Codingame 160 000) et un turnover autour de 20% par an (source IAB France), il manquera 30 000 profils tech en France 2020, soit 30% des postes ouverts pour 2020.

    Vous voici donc rassurés. Si vous n’avez pas à atteindre vos objectifs de recrutement, ce n’est pas de votre faute (ou celle de vos agences de recrutement). Vos futurs développeurs n’existent tout simplement pas. Sauf que vos objectifs business eux, n’attendent pas. Et les nouveaux modules promis aux clients ne vont pas se coder tous seuls.

    Quelles solutions sont ainsi à votre disposition pour tirer votre épingle du jeu dans cette nouvelle bataille des talents ? Voici les 7 conseils que je donne habituellement aux entreprises tech qui peinent à recruter.

    1/ La surenchère salariale La rémunération est le premier critère (60%) regardé par les développeurs quand ils souhaitent changer de job (source Codingame). Avec un salaire moyen annuel de 53 515$, la France n’est qu’à la 8e place mondiale, loin derrière les Etats-Unis et ses 100 515$ annuels (ibid). Il y aurait donc un peu de rattrapage à faire et certaines licornes françaises ayant délocalisé leur siège aux USA, n’hésitent pas à investir les sommes qu’il faut pour recruter les meilleurs, avec la bénédiction de leurs investisseurs déjà habitués à la surenchère des salaires. Attention tout de même si vous souhaitez jouer à ce jeu. J’espère que vous avez les reins solides 🤑car il y aura toujours une entreprise plus riche que vous ou qui vient de faire une levée de fonds encore plus importante.

    2/ Recruter à l’international Vous le savez, le code est la nouvelle “lingua franca”. Qu’un développeur ait été formé à Paris, à Dakar ou à Bucarest, il parlera la même “langue” que votre équipe technique. Et il y a de fortes chances pour lesquelles ces développeurs soient très intéressés par venir travailler à Paris. C’est juste qu’ils ne pensaient que c’était possible. Je conseille souvent cette option, car elle a un effet de bord super intéressant, celui d’augmenter la diversité des équipes actuelles et de forcer l’équipe technique à maintenir de la doc en anglais (si ce n’est pas déjà le cas). Vous êtes une startup et vous avez trouvé la perle rare en dehors de l’Union Européenne ? Le gouvernement vous ❤️en facilitant vos démarches grâce au French Tech Visa.

    3/ Ouvrir un bureau “remote” Basecamp fonctionne depuis 20 ans avec 80% de ses équipes en remote (ils ont même écrit un bouquin sur le sujet) et Stripe vient d’ouvrir un hub tech full remote. Bref, en 2019 les exemples ne manquent plus pour célébrer les avantages du remote, notamment pour les équipes tech. Pour l’avoir déjà expérimenté (en tant qu’employé et en tant que manager), c’est complètement faisable même si je le déconseille pour les startups early-stage ou pour les équipes travaillant sur des produits innovants.

    4/ Développer des partenariats avec les écoles Attention, par partenariat, j’entends aller au-delà de la simple participation au forum de recrutement annuel. Les écoles sont toujours à la recherche de nouveaux profs et toutes les équipes ont toujours 1 ou 2 experts qui aiment partager leurs connaissances avec des jeunes. Alors oui, c’est du temps où ils ne sont pas en train de produire, mais quand vous faites le calcul avec le coût des agences de recrutement et le manque à gagner, car vous n’arrivez pas à recruter, le calcul est vite fait. Et si vous hésitez encore, 80% des étudiants de l’EPITA acceptent l’une des 2 premières offres qu’ils reçoivent, indépendamment de l’offre 😉

    5/ S’ouvrir à la communauté Algolia et Criteo sont passés maitres dans l’art du meetup, car ils ont bien compris que partager avec la communauté est une manière de se faire connaître au-delà des articles dans FrenchWeb et Maddyness (surtout que les développeurs ne les lisent pas 🤓). Certaines entreprises utilisent leur blog tech pour se développer leur légitimité (celui de Slack est top) et d’autres contribuent à des projets open source et jouent sur le côté star de certains de leurs experts pour attirer les talents. Bref, tout ce qui peut asseoir votre légitimité technique et communiquer sur les challenges que vous résolvez (le 2e critère de changement de poste pour un développeur) est bon à prendre.

    Pourquoi ne pas recruter des informaticiens au chômage et les former à vos technos ? Et avez-vous vraiment besoin d’autant de développeurs ou pouvez-vous augmenter l’efficacité de l’équipe existante ?

    6/ Recruter des chômeurs et les former Cela peut paraître incroyable au vu de la situation actuelle, mais il y avait à fin décembre 2018 51 600 experts en informatique inscrits à Pôle Emploi. Si les désavantages géographiques de la province vis-à-vis de Paris se sont gommés au fil des années avec l’ouverture de centres de développement dans des villes comme Lille, Nantes ou Vierzon et de plus en plus de personnes en remote (cf. mon point précédent), la principale responsable de cette situation est l’accélération technologique. Les révolutions du Cloud, du SaaS, ou encore du mobile ont rendu obsolètes certaines compétences techniques, notamment chez les plus seniors. Alors je tente une idée un peu extrême. Plutôt que de dépendre de centres de formation tiers pour former vos futures recrues, pourquoi ne le feriez-vous pas vous même ? Un onboarding de 6 mois, piloté par des experts internes, sera surement plus efficace que de payer vos développeurs toujours plus cher ou de changer d’agence de recrutement tous les 2 mois.

    7/ Améliorer l’efficacité de votre équipe existante 😉 C’est ma deuxième idée un peu extrême. Et si vous n’aviez pas besoin de 20, mais de 10 développeurs (ou encore moins) ? Alors oui, vous êtes déjà en full agile et vos murs sont remplis de post-its, mais êtes-vous en efficacité optimale. En testant récemment la semaine de 4 jours, Microsoft Japon a vu sa productivité augmenter (oui, augmenter) de 40% ! Imaginez ce que vous pouvez gagner en restant sur la semaine de 5 jours 🤩Toutes les organisations tech avec lesquelles j’ai pu travailler ont toujours réussi à trouver des poches d’optimisation importantes avec un peu d’organisation (et beaucoup de rigueur). Pourquoi pas vous ?

    Comme vous l’aurez compris, il n’existe pas de solutions miracles pour résoudre la pénurie des développeurs et experts tech en France et elles ont toutes un coût. Par contre, sortir des sentiers battus et investir sur le long terme vous permettra toujours de sortir votre épingle du jeu. Doubler vos efforts sur des actions qui ne fonctionnent pas n’ont jamais améliorer les résultats.

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