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Quel futur pour les consultants 

    · French,Opinions

    J'ai récemment reçu le message ci-dessous de la part d'un de mes étudiants de l'EPITA, qui hésite actuellement à commencer sa carrière dans le conseil. J'ai copié (et légèrement édité) ma réponse par la suite.

    J'aimerais d'abord faire une précision sémantique. En France, le métier de "consultant" est autant employé pour désigner les personnes qui travaillent dans des sociétés de conseil en management/stratégie (McKinsey, BCG, Roland Berger...) que ceux qui travaillent dans des sociétés qui intègrent et/ou développent des solutions IT (Accenture, Cap Gemini, Sopra Steria).

    Dans le premier cas, le modèle des sociétés de conseil en stratégie est d'engager des étudiants brillants venant des meilleures écoles, de les former à leurs modèles d'analyses de problèmes, et ensuite de les faire travailler sur des problématiques très différentes dans toutes les industries. Dans ce modèle, ce que vendent les entreprises de conseil c'est : la capacité d'analyse des consultants, les frameworks théoriques de résolution de problèmes et, bien entendu, leur réputation.

    Si ce modèle a prévalu jusqu'à présent, c'est notamment parce que jusqu'au début du 21e siècle, nous vivions dans un monde où les connaissances étaient concentrées entre une poignée de personnes et où l'analyse de données se passait majoritairement dans nos cerveaux. Depuis, comme nous avons basculé dans un monde où les connaissances sont disponibles pour tous, quasi gratuitement, et où l'analyse de données est de plus en plus pris en charge par les ordinateurs, ce modèle classique fonctionne de moins en moins (voir cet article détaillé du Harvard Business Review sur le sujet).

    De plus, dans une époque où les entreprises qui gagnent sont celles qui agissent, celles-ci valorisent beaucoup plus l'expertise d'un sujet (ou d'une techno) et l'expérience terrain que les seules capacités analytiques. C'est pour cela, par exemple que Google, Facebook ou encore Uber ne font quasiment pas appel aux sociétés de conseil en stratégie traditionnelles.

    Dans le cas du deuxième modèle, celui des consultants IT, je maintiens mon point de vue, mais pour des raisons différentes.

    Si on analyse la majorité des prestations proposées par ces sociétés, il s'agit principalement de prestations d'externalisation d'activités IT : conception, intégration, développement (build) / maintenance, opération (run). Techniquement ce ne sont pas vraiment des prestations de "conseil" mais plutôt d'externalisation de fonctions. Ces entreprises sont basées sur 2 principes fondamentaux : 1/ les fonctions IT sont des fonctions support et n'ont pas besoin d'être internalisées et 2/ même si c'est le cas, les restrictions budgétaires et la côté aléatoire des projets demandent une main d'œuvre flexible que ne permet pas le droit du travail français.

    Comme je l'ai partagé en cours, ma conviction est que les entreprises qui vont dominer l'économie dans les prochaines années sont ceux qui éditeront des logiciels pour servir leurs stratégies plutôt que de les vendre à d'autres. Par exemple, Google et Facebook sont des éditeurs de logiciel dans l'univers de la publicité, Uber un éditeur de logiciel dans le transport de personnes, AirBnB un éditeur de logiciel dans le tourisme, etc. Je prévois donc dans les prochaines années un shift massif des ingénieurs travaillant dans les sociétés de conseil vers ces nouvelles sociétés.

    Concernant le besoin de travailleurs flexibles, je compte plutôt sur l'émergence du freelancing comme un mode de travail de plus en plus plébiscité (en tout cas par les travailleurs les plus qualifiés) et des plate-formes de mise en relation et de gestion de projet (qui est le positionnement de mon entreprise, H2 Innovate).

    En conclusion : s'engager en 2018/2019 dans un métier de consultant, que ce soit du conseil en stratégie ou du conseil IT, est probablement un mauvais choix stratégique. Surtout, comme le partageait Steve Jobs il y a près de 30 ans, le problème du conseil est que tu n'acquières aucune expérience. Tu analyses, fais des préconisations ou tu participes à un mini bout de projets gargantuesques.

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